Partager l'article ! 014 - Alima Hassani : mwandzani !: Pépé et Mémé sont parmis nous. Afin de leur faire découvrir Mayotte, nous avons programmé une petite sor ...
Pépé et Mémé sont parmis nous. Afin de leur faire découvrir Mayotte, nous avons programmé une petite sortie "bateau-resto" sur les îlots du nord de l'île. Au programme : baignade, casse-croute aux saveurs locales, re-baignade et bronzette.
Nous voici donc en
route vers M'tzamboro, ce 27 juillet 2010. Le restaurant se nomme le Choazil, et nous embarquons à bord d'un sympatique Selva 530 flambant neuf. Après une vingtaine de minutes de traversée,
nous débarquons sur les îlots Choazil, et profitons du turquoise des eaux du lagon de Mayotte. Le ciel est nuageux, l'eau est à 24 - 25° C, les alizées portent leur lot de fraicheur, et la
température est de 27-28° C. La journée se présente bien.
Un touriste ... hum ! cette tête ne m'est pas inconnue !
Après une petite heure, notre taxi aquatique nous transporte sur l'îlot de sable blanc du nord. Axel ne résiste pas à la tentation de chausser les palmes, et une fois encore le spectacle est au rendez-vous. Un bémol toute fois. Le corail est malade et meurt. Le constat est alarmant et en 1 an, la différence est flagrande, même pour les non spécialistes que nous sommes. La faute au réchauffement climatique : en effet, durant le dernier été austral, les pluies ont été de faible intensité, et la chaleur a été forte. Résultat : les eaux du lagon sont restées plus de 6 mois durant au-dessus de 30° C, et à cette température, le corail meurt.
Je disais, la température monte ... et pour ne pas suivre le même sort que le corail, il faut donc se rafraichir !
Sur la photo qui suit, non, nous n'avons pas tenté d'abandonner Mémé au bord de l'autoroute ! Que ceux qui en ont eu l'idée se détrompent !!!
La marée montante, il nous faut quitter l'îlot de sable blanc, qui ne sera bientôt plus qu'un banc de sable, pour une plage située non loin de là afin d'y prendre le repas de midi.
Un petit tour dans la cuisine :
Le chef et sa toque ...
Les commis à l'oeuvre !
Le manioque ... !
Au menu donc : mabawas (ailes de poulet au barbecue), poisson grillé, matabas (brèdes cuites au lait de coco) riz et manioque frit. Tout le monde s'est régalé !
Petite sieste à l'ombre d'un baobab :
Nous voici repartis vers une autre plage de sable blanc .... encore une ... mais celle-ci nous réservera une surprise. Cette plage, située sur l'îlot M'tzamboro n'est pas déserte. Depuis le large, on y distingue des bangas (non pas la boisson aux extraits de fruits chimiques de notre enfance, mais des habitations sommaires de toles et de bois locales).
A peine avons nous mis le pied sur la plage, que nous entendons une voix de femme criant : "caribu ! caribu !" (bienvenue en shimaoré). Il s'agît d'un vieille dame, qui est ici depuis
trois semaines, pour la cueillette des oranges. Elle cultive également des bananes et du manioque. Nous lui demandons l'autorisation de la prendre en photo, ce qu'elle accèpte
volontier.
Mais la dame est coquette ; elle se lève et se précipite dans son banga pour revêtir sa plus belle robe.
La dame s'appelle Alima Hassani. Elle vit là une partie de l'année, coupée du monde ...
Mais de quel monde ? Nous ne parlons pas la même langue, elle n'a ni eau, ni électricité, le recul de l'âge de la retraite ne veut absolument rien dire pour elle qui n'est certainement jamais allée à l'école et travaille depuis son plus jeune âge. Elle croît aux djinns maléfiques et à Allah, et ne comprend que quelques mots de français, mais davantage que nous ne comprennons son shimaoré. Pourtant, elle comme moi, sommes de la même nationalité ! Nous avons "parlé" chacun dans notre langue pendant plus d'une heure sur cette plage au bout du monde. Le sentiment que j'ai eu, est celui d'être un extraterrestre, venu d'une autre planète. Je suis resté là, à ses côtés, sans plus rien dire, n'échageant que quelques sourires, devant le calme et la beauté de ce petit bout de France au bout du monde, en repensant d'où je viens, et en imaginant sa vie passée !
Alima est allé pêcher aujourd'hui, elle nous a montrer ses plus belles prises :
Des pouedzas, des poulpes, auquels elle ne tarde pas à voler la vedette.
Elle les préparera dans un peu d'huile quand ils seront secs. Enfin, si les mouches et leur progéniture lui en laisse quelques peu !
Enfin, Alima nous montre un vieux carnet, qu'elle garde précieusement dans un sachet plastique, avec un téléphone portable hors d'usage. Nous échangeons nos numéros de téléphone, puisque maintenant, nous sommes mwandzani (amis).
Je ne sais pas si nous nous rencontrerons à nouveau, ou si nous aurons l'occasion de nous appeler, mais toujours est-il que bwéni Alima Hassani de M'tzamboro, restera longtemps gravée dans ma mémoire.
Il est temps pour nous de regagner notre monde. Nous saluons une dernière fois notre hôte, et repartons vers nos vies. Kwaheri Alima !
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